02 novembre 2005


Le charme est, avec le saule (réservé aux endroits les plus humides), l'un des contours les plus familiers du bocage avesnois/ Mené en tétard, il permet la pousse et le repousse, sans fin pourrait-on croire (et c'est le cas !) de ses grandes et épaisses branches que l'on botte (élague) tous les 10 à 15 ans. Fournisseur de bois de chauffe, il peut alimenter un foyer uniquement à partir d'une seule pâture bien fournie en tétards. Les bûcherons pouvaient se payer sur la bête : en coupant le bois de chauffe pour un propriétaire, ils étaient rémunérés en emportant avec eux de quoi se chauffer : grand-père ne m'a jamais dit comment se calculer le dû, sans doute parce que ça n'était pas là chose la plus importante.

L'habitat y est de deux types : humain, avec les grandes fermes à cours ouverte, aux toits d'ardoises gris-bleu, parfois teintés de plaques de métal qui recouvrent des hangars contemporains destinés aux animaux... Et animal, précisément, l'ensemble du paysage est un immense habitat, multiple, qui regorge d'une faune insoupçonnée, ignorée souvent. Dans cet habitat sauvage, les vaches (les biques) ont une place de choix : elles occupent l'ensemble des pâtures, qui leur sont quasiment exclusivement réservées, et où elles trouvent tout le confort nécessaire : les hautes haies pour s'abriter du vent, de la pluie ou l'été du soleil, les fosses (les mares) pour s'abreuver, et bien sûr la bonne herbe, ray grass généralement, dont on fait le foin d'hiver, celui qui chauffoure aux orages d'été, et qui craquèle dans les greniers, devenu repère de souris. Celui que des générations ont ramassé, amassé, pour que vive l'homme et la terre, en gestes immuables chaque ponctués par le passage final du grand rateau de bois pour racler les derniers brins, et dont l'usage était réservé aux grand-pères, qui ne s'arrêtaient qu'avec la mort.

La haie, trésor des paysans.

La haie, ce trésor de paganisme...

Bocage et forêt sont toujours intimement liés, en Avesnois. Le premier est un aménagement humain de la seconde, une manière de la transformer pour la faire vivre au-delà des nécessaires défrichements. De loin, de très loin, et vu de notre hauteur d'homme, bocage et forêt sont identiques : un immense tapis vert.

Le pays sage


Le bocage est un terme générique qui rend finalement assez mal compte de toutes les variétés de la nature avesnoise façonnée par l'homme. Il faut avant tout s'y perdre pour le connaître, y vivre pour le comprendre, l'honorer pour qu'il nous le rende.

21 octobre 2005

Le bout du bief


Au bout du bief, le pont avec le trou noir de ses arches qu'enfants, nous hésitions à franchir.
Aujourd'hui, nous n'y pensons même plus : statique dans l'admiration d'un si bel ouvrage, dont nous ferions volonteirs notre chez nous.

Et les pavés ?


On aurait envie de voir les pavés - nos pavés de gré ou de pierre bleue - peupler la route, comme autant de piétons muets.
Enlevez-nous ce goudron, pourtant durable, trop durable...

14 octobre 2005

Le bief


Voici le bief, la partie amont du cours d'eau qui dessert le Moulin.
C'est, à son échelle, l'étendue d'eau plate, presqu'inerte, qui laisse percevoir le grondement sourd de la chutte là-bas, au loin...
Gelé, il n'écoulait plus rien, la roue cessait de tourner. Et le grain d'être moulu.

Mécanisme



L'occasion de le voir en action est rare, excessivement rare, car cela suppose qu'il ait encore une activité.

La vantellerie était un art en soit, qui permettait de régler le débit en jouant sur la hauteur des vannes, et donc sur la puissance développée par la roue.

L'eau motrice


108 Moulins avesnois en activité au début du XIXè siècle.

...

Les berges


Poursuivons le tour du Moulin :

notre saule est subitement bien petit, et le Moulin, toujours aussi massif, mais fluide, comme son eau vive, son étang, ses canards, bien à l'abri ce jour-là. Ou ses poules d'eau, éternellement à l'abri de ses berges, mais pourtant toujours actives, leurs clapottements subits nous le rappelent.

Le saule


Pleureur, il est souvent seul : il a besoin de place.
Mais il ne quitte jamais l'eau. Les longues haies peuplées de saules menés en tétards révèlent naturellement la présence abondante de l'eau. Il la boit, la conserve, la transforme, la régénère.
Comme tout est simple.

L'eau

Les Moulins à eau


L'Avesnois en était couvert, il en reste fort heureusement quelques uns bien conservés, comme Maroilles ou Sars Poteries.
A l'instar des ailes des Moulins de Flandre, le dispositif de la chute d'eau et de dérivation du cours d'eau vers la roue et la roue elle-même bien sûr, sont des sortes de géants du passé, d'une industrie qui ne disait pas son nom car elle n'en n'avait pas les défauts. Aujourd'hui paisibles, ils sont les témoins, parmi d'autres, d'un "développement durable" avant l'heure, qui n'avait pas non plus besoin de dire son nom. Est- là, sans le savoir, ou sans le dire, l'un des principales raisons pour lesquelles ils sont encore de ce monde ?

Lumière et ombres


L'eau et le ciel en écho, l'herbe [constante avesnoise] et l'arbre [également] s'enlassent autour du Moulin de Maroilles, connu par les nombreuses photos que l'on retrouve systématiquement dans nombre de dépliants touristiques, mais curieusement, toujours sous le même angle. Rarement celui-ci.

12 octobre 2005

Ombre et lumière

Le contraste de la brique avesnoise, selon qu'elle est exposée ou non au soleil, est remarquable, au point que l'on pourrait penser qu'il ne s'agit pas des mêmes briques.
C'est bien là, d'ailleurs, que l'intérêt esthétique d'utiliser de la chaux (blanche, écrue ou même jaune) apparaît dans toute sa vérité : hors d'elle, l'appareillage est terne, le orange en devient invisible, la pierre n'est plus que grise (encore que d'un joli gris]. La chaux, comme un soleil à elle-seule.

Portes

Le même ensemble, partie basse.
Si la forme de la porte (imposte vitrée traditionnelle, qui apporte la lumière sans pour autant donner à voir), et sa composition (lames de bois assemblée verticalement)
On est certes loin des portes ouvragées [citadines] connues dans l'ensemble des Pays-Bas.
Petite faute : une porte en chêne naturel (le chêne avesnois migre facilement hors de nos frontières, pendant que nous importons du bois exotique), de cette blondeur douce qui appelle les caresses, avec un simple traitement incolore, aurait superbement réhaussé le contraste, toujours lui, brique orange, pierre bleue.

1780

1780, c'est aussi la date de reconstruction du moulin de Sars-Poteries.
Mais ça n'est pas lui, ici.